Justin Trudeau: Why the CNOOC-Nexen deal is good for Canada

19 novembre 2012

Cet article a été publié en éditorial dans les publications Postmedia Network. 

J’ai entamé ma campagne il y a quelques semaines en affirmant que s’il veut être identifié au changement, le Parti libéral doit faire une plus grande place aux aspirations des gens de la classe moyenne.

Le revenu des Canadiens de la classe moyenne stagne depuis plus d’une génération. Il est vrai qu’en raison de l’entrée en force d’une nouvelle génération de femmes éduquées sur le marché du travail, les revenus des familles ont augmenté. Même s’il s’agit d’un développement positif, nous devons garder en tête que ce gain n’est pas renouvelable.

Cela nous amène à nous poser une question que nous devons confronter au plus vite : d’où viendra la prochaine vague de croissance économique pour la classe moyenne?

Les investissements publics et privés en science, et l’innovation et la productivité accrues qui en découleront joueront un rôle déterminant. Un engagement renouvelé envers l’apprentissage aidera aussi, tout comme une approche plus stratégique à l’égard du développement de nos ressources naturelles. Nous devons aussi garder nos coûts compétitifs et investir stratégiquement dans nos infrastructures.

Mais, bien que nécessaires, ces différents éléments ne seront pas suffisants pour assurer la prospérité de la classe moyenne.

Les perspectives économiques du Canada ont toujours été liées au commerce international. Nous sommes un petit marché qui doit exporter et attirer des investissements si nous voulons créer de l’emploi et de la croissance. Nous devons aussi importer et maintenir les coûts bas afin de procurer des choix aux familles de la classe moyenne.

Par le passé, la seule relation commerciale qui comptait pour nous était celle que nous entretenions avec les États-Unis. De Laurier à Mulroney, elle a défini bien des débats politiques. Elle a teinté nos campagnes électorales et alimenté des débats identitaires. À mesure que nous sommes devenus plus confiants que cette relation commerciale était bénéfique, nous nous sommes ouverts à d’autres horizons, et nous avons bénéficié de la croissance économique qui en a résulté.

Cela était particulièrement vrai au 20e siècle. Mais le 21e siècle est un nouveau chapitre. Les échanges commerciaux demeurent un objectif primordial pour notre pays, mais nous ne pouvons pas nous permettre de rater des occasions cruciales venant d’ailleurs. D’ici 2030, les deux tiers de la classe moyenne de la planète entière vivront en Asie. La manière dont nous définirons et gérerons nos relations avec les économies asiatiques seront un facteur déterminant pour la croissance de la classe moyenne, de la même façon que l’a été notre relation commerciale avec les États-Unis au cours du siècle dernier.

Alors, où en sommes-nous? Après avoir été le premier pays occidental à reconnaitre la République populaire de Chine dans les années 70, notre relation a connu des hauts et des bas. Le gouvernement conservateur a géré notre relation avec la Chine avec beaucoup de maladresse, de tentatives d’intimidation peu utiles, et une indifférence particulièrement improductive. Plus récemment, il a tenté de rétablir le dialogue, amis les Chinois ont la mémoire longue. Peu d’efforts ont été faits pour démontrer aux Canadiens l’importance de la relation.

De plus, les conservateurs ont développé une approche face à l’Asie qui consiste à œuvrer derrière les portes closes. Cette façon d’agir est erronée. Pourquoi ne pas avoir expliqué aux Canadiens en quoi cette relation est si importante pour nous, et pourquoi ne pas avoir échangé avec eux sur les nombreuses opportunités qu’elle nous offre?

Parce que nous n’avons pas pu leur démontrer les avantages liés à un accroissement de nos échanges commerciaux, les Canadiens sont inquiets. Et parce que la classe moyenne ne fait pas partie de l’agenda économique occasionné par le commerce international, l’appui est mitigé.

C’est dans ce contexte que nous devons examiner l’investissement asiatique dans les sables bitumineux et l’oléoduc Northern Gateway. En l’absence d’une stratégie gouvernementale claire, accompagnée d’objectifs à long terme et des résultats positifs bien compris et débattus publiquement, les Canadiens n’y verront que des investissements non récurrents sans suite, qui ne rapporteront rien à long terme. Le gouvernement conservateur n’a tout simplement pas fait la démonstration que les investissements asiatiques sont avantageux pour nous. Il devient alors difficile de rejeter de mauvaises idées comme le Northern Gateway, comme il l’est tout autant d’appuyer des ententes avec Nexen et Petronas.

Pour quelles raisons l’entente avec Nexen est-elle bonne pour le Canada? Essentiellement, parce que les Chinois et les autres investisseurs étrangers créeront des emplois pour la classe moyenne canadienne. En général, les investissements étrangers augmentent la productivité et, du même coup, le niveau de vie des familles canadiennes. Fondamentalement, il est dans l’intérêt du Canada d’élargir et d’approfondir ses relations avec la deuxième plus grande économie de la planète.

Évidemment, de telles ententes ne devraient pas être conclues sans certaines conditions. Tous les investissements étrangers doivent respecter l’objet et l’esprit des lois canadiennes en matière du travail, de l’environnement et de l’immigration.  Dans certains secteurs, les préoccupations au sujet de la sécurité nationale sont réelles. Cependant, dans le cas de Nexen, il est difficile de concevoir de quelle manière le fait que 3% des concessions des sables bitumineux qui seraient de propriété chinoise constituerait une atteinte à notre sécurité nationale.

Ce qui est le plus important, ce ne sont pas les ententes immédiates avec Nexen et Petronas, mais bien les opportunités qui s’en suivront. La Chine est à la recherche partout sur la planète d’occasions d’affaires, un peu comme le ferait un consommateur dans un supermarché. Il y a une décennie, les investissements étrangers directs de la Chine étaient négligeables. Aujourd’hui, ils dépassent le cap des 100 milliards $US et ils continuent d’augmenter. Le Canada est probablement le mieux positionné pour profiter de cette situation que n’importe quel autre pays. Des minéraux à l’énergie, de l’expertise en éducation au génie civil, nous possédons en grande partie ce dont la Chine a besoin.

Lorsque nous pensons à une entente commerciale avec la Chine, nous devons faire preuve de créativité. Par exemple, selon la firme McKinsey, la Chine comptera en 2025 plus de 220 villes de plus d’un million de personnes (l’Europe en compte 35 en ce moment). L’Asie investira 10 trillions de dollars en infrastructures au cours de cette période. Cette croissance requiert exactement le genre d’expertise que nous possédons ici au Canada. Et si notre objectif était de devenir les architectes et les bâtisseurs de ces nouvelles villes? Si nous pouvions unir la force combinée de nos institutions financières, de nos fonds de pension à celle de nos firmes de génie et de construction, ne pourrions-nous pas faire en sorte que le Canada joue un rôle prédominant dans la croissance économique de l’Asie?

Ce n’est qu’une idée. Il y en a bien d’autres. Il y a en ce moment une occasion d’assumer un leadership en Asie qui pourrait créer des milliers d’emplois ici ainsi que de la richesse pour toute une génération. Pour saisir cette occasion, nous avons besoin de courage et de vision.

Nous nous leurrons en croyant que les échanges commerciaux avec l’Asie répondent encore au modèle préconisé au 20e siècle. La Chine, par exemple, joue en grande partie en fonction de ses propres règles du jeu, car elle en a les moyens. La Chine a un plan de match. Il n’y a rien de menaçant dans cette situation. La Chine a des besoins et la planète a des ressources pour rencontrer ses demandes. Nous avons au Canada beaucoup de ces ressources, et par le fait même, nous sommes en meilleure posture que quiconque pour en retirer les bénéfices économiques.

Les conservateurs manquent le bateau. Leur approche teintée d’amateurisme et leur comportement cachotier inspire tout le contraire de la confiance auprès des investisseurs potentiels et des Canadiens.

En définitive, ce débat touche autant nos valeurs que la prospérité de la classe moyenne. Si nous croyons véritablement à l’égalité des chances, à des revenus grandissants pour les travailleurs, à plus d’opportunités à accroitre les libertés individuelles des Canadiens, alors nous devons tout faire pour atteindre ces objectifs. Le vrai leadership consiste à lutter pour les intérêts de la classe moyenne, et non à les ignorer.

Nous pouvons accomplir tout cela en étant transparent avec les Canadiens. Si nous nous attendons à ce que nos citoyens soient ouverts sur le monde, il nous faut au minimum l’être avec eux.