Discours de lancement de Justin dans Papineau
« Ne faites pas de trop petits rêves car ils n’ont pas le pouvoir de faire avancer l’humanité. »
-Goethe
Pour être digne de telles paroles, nous devrons faire preuve de courage, mais surtout, nous devrons travailler d’arrache-pied. Permettez-moi de vous parler des gens de Papineau, des gens qui m’ont donné l’exemple.
Ici, nous nous trouvons dans Parc Extension. Toutes les nations du monde y sont représentées et y vivent. De l’autre côté du parc Jarry, le parc préféré de Xavier et Ella-Grace, c’est Villeray, un de ces quartiers qui définit Montréal. Solidement francophone, c’est un endroit peuplé d’artistes, d’intellectuels, mais surtout de familles. A l’est du comté, c’est St-Michel, qui célèbre cette année ses 100 ans d’histoire, et où des gens comme mon ami le boxeur Ali Nestor nous apprennent à lutter contre la pauvreté, contre l’exclusion sociale, et parfois même, à se battre contre des sénateurs conservateurs.
Mais encore plus formidable que cette riche diversité d’idées, de culture et de croyances, est le fait qu’il y règne une remarquable paix sociale.
Ici, nous avons confiance les uns aux autres, et nous sommes prêts à faire face à l’avenir ensemble.
Ce lien de confiance qui nous unit est à l’image même du Canada. Nulle part ailleurs dans le monde n’est-il aussi fort que dans ce pays.
Mes chers amis, j’aime Montréal. J’aime le Québec.
Et je suis en amour avec le Canada.
Je veux mettre ma vie à son service. C’est pourquoi j’annonce ici, chez moi, ma candidature au poste de chef du Parti libéral du Canada.
Mes amis, j’aurai besoin de votre aide. Ce sera un long chemin sinueux. Il y aura des hauts et des bas. Mais avec beaucoup de travail, je sais que nous y arriverons.
Parce que c’est bien ce qui est requis de nous: du travail. Canada n’est pas tombé du ciel – et il ne perdurera pas naturellement non plus.
Ce grand pays a été fondé sur une prémisse audacieuse : que des gens de diverses origines, venant de partout au monde, pouvaient venir ici et vivre une vie digne de leurs rêves et de leurs ambitions – pour eux et pour leurs enfants.
Ils sont venus expérimenter cette nouvelle idée que la diversité est un atout et non un obstacle. C’est ce qui est au cœur du succès canadien.
Que nous devons laisser un héritage aux gens qui nous succèdent. Que nous devons faire un effort pour bâtir un pays qui offre plus à ceux qui viendront après nous. Plus d’opportunités, plus de succès. Voilà les valeurs qui nous définissent et qui nous unissent.
Je parcours ce pays depuis quarante ans. Les Canadiens m’ont démontré à maintes reprises que ces valeurs sont présentes d’un océan à l’autre.
Mes chers amis libéraux, les Canadiens ne pensent pas que ces valeurs sont la propriété du Parti libéral. Ce sont leurs valeurs. Ce sont des valeurs canadiennes.
Dans nos rangs, il est trop souvent dit que le Parti libéral a créé le Canada.
Ce n’est pas vrai.
Le Parti libéral n’a pas créé le Canada. Les Canadiens ont créé le Parti libéral.
C’est la classe moyenne qui nous a permis de devenir le pays que nous sommes aujourd’hui.
Ce sont les Canadiens qui ont mis sur pied l’assurance-maladie.
Ce sont les Canadiens qui ont bâti une économie forte et dynamique.
Ce sont les Canadiens qui ont accueilli des nouveaux arrivants venant de tous les coins de la planète.
Ce sont les Canadiens qui ont mis en place une politique étrangère indépendante et qui ont fait le sacrifice ultime de donner leur vie pour défendre nos idéaux.
Ce sont les Canadiens qui ont ramené leur Constitution au Canada.
Ce sont les Canadiens qui ont demandé que l’on place leurs droits et libertés au dessus de la politique partisane.
Ce sont les Canadiens qui ont équilibré le budget.
Il est vrai que le Parti libéral a souvent été le parti de choix des Canadiens. C’est un parti qui est né de leurs aspirations. Mais il n’est pas la source de leurs aspirations.
Nous avons eu du succès en tant que parti quand nous avons été proches des gens, ouverts à leurs idées et prêts à travailler avec eux pour les réaliser.
S’il y a une leçon à tirer de l’histoire du parti, elle ne se trouve pas tant dans les politiques que nous avons instauré, que dans la façon dont nous sommes arrivés à les concevoir. Nous avons été à l’écoute des Canadiens. Nous avons partagé leurs valeurs, leurs rêves, et nous avons fait nôtres leurs combats.
Mes chers amis, l’heure est venue d’écrire une nouvelle page de l’histoire du Parti libéral.
Car nous parlons bien de l’avenir, et non du passé.
Ici, ce soir, nous entamons un mouvement de Canadiens prêts à bâtir – et non à rebâtir.
À créer. Et non à recréer.
Mes amis, nous vivons dans un monde qui évolue rapidement. Il y a vingt ans, quand j’ai gradué, la révolution Google n’avait pas encore commencé.
Aujourd’hui, mes enfants ne peuvent pas imaginer qu’il existait un monde avant les blackberry.
Même si nous devons innover, ce que nous avons à bâtir n’a pas de date d’expiration.
Nous savons que les familles canadiennes veulent : de bons emplois, une économie prospère qui leur permettra d’offrir une éducation de qualité à leurs enfants à mesure qu’ils vieilliront, et pouvoir prendre soin de leurs parents quand ils prendront de l’âge.
Nous voulons une société qui aide les plus vulnérables, et qui donne aux gens moins fortunés la chance de réussir.
Nous sommes le pays le plus libre au monde parce que nous nous faisons confiance. Et nous demandons que notre gouvernement nous traite avec respect et qu’il nous fasse confiance. Qu’il ne renie pas la Charte des droits et libertés.
Nous voulons un gouvernement qui a confiance dans les choix que vous faîtes, dans les valeurs qui sont les vôtres et qui respecte vos libertés.
On dit que les jeunes sont notre avenir. Je pense qu’ils sont une force vive de notre société, maintenant, aujourd’hui. Il est de notre devoir de leur donner les outils pour qu’ils réussissent : une éducation de qualité, des expériences de travail enrichissantes et formatrices et des occasions afin qu’ils puissent être au service de leur communautés et du monde.
Ce que les jeunes disent et ce qu’ils font est immensément important. A leur façon, ils sont déjà des leaders.
À nos Premières Nations, je veux dire ceci : la réalité canadienne n’a pas été – et continue de ne pas être – facile pour vous.
Nous devons avoir le courage, comme pays, d’admettre nos propres erreurs et d’essayer de les corriger ensemble.
La place que vous occupez dans notre société n’est pas marginale. Elle est au cœur de ce que nous sommes et ce à quoi nous aspirons comme pays.
Nous voulons une politique étrangère porteuse d’espoir, qui offre des solutions et qui rayonne la même confiance en l’humanité et le même respect que nous avons, ici, les uns pour les autres.
Nous avons besoin d’un gouvernement qui s’inspire des succès économiques de toutes les régions et qui définit une stratégie qui profitera à toutes les régions, au lieu de nourrir les désaccords et les divisions entre les provinces.
Nous devons jumeler la beauté et la richesse de nos terres, qu’elles soient agricoles ou sauvages, à une promesse pancanadienne de les protéger. Ma génération comprend bien que la santé de l’économie et celle de l’environnement vont de pair.
L’approche des Conservateurs peut servir les intérêts de certains, pour un certain temps. Mais on ne peut s’assurer d’une prospérité à long terme sans protéger l’environnement.
Il ne faut jamais oublier que la croissance et le progrès passe d’abord et avant tout par une classe moyenne prospère. Des gens qui ont de bons emplois, bien rémunérés. Des familles qui ont une bonne qualité de vie.
Une classe moyenne prospère nous permet d’envisager l’avenir avec optimisme et de créer des opportunités pour ceux d’entre nous qui sont moins fortunés. Elle permet de créer un marché robuste pour nos entreprises.
Les grands succès économiques récents sont l’histoire du succès de la classe moyenne. La Chine, l’Inde, la Corée du Sud et le Brésil, pour ne nommer que ceux-là, ont connu du succès parce que des millions de gens se sont ajoutés à la classe moyenne.
Les nouvelles sur ce front ne sont pas glorieuses chez nous. Je n’ai pas besoin de vous le rappeler. Vous et beaucoup d’autres Canadiens le vivez au quotidien. Les familles canadiennes ont vu leurs revenus stagner, le coût de la vie augmenter, et leur niveau d’endettement exploser.
Quelle est la solution du NPD? Jouer les régions du pays les unes contre les autres et blâmer ceux qui ont du succès. La solution des conservateurs ? Favoriser un secteur au détriment des autres et espérer que la richesse sera générée par magie.
Ce sont des solutions qui s’inspirent d’idéologies simplistes. La seule chose qu’elles ont en commun, c’est qu’elles sont erronées dans les deux cas.
Nous devons être ouverts à de nouvelles solutions, écouter les Canadiens, et leur faire confiance.
Lorsque nous faisons face à ces défis, la seule idéologie valable est celle basée sur les faits et la science. Cela peut sembler révolutionnaire pour les gens qui sont au pouvoir à Ottawa en ce moment. Mais au lieu d’inventer des faits pour justifier de nouvelles politiques publiques, nous mettrons de l’avant des politiques basées sur des faits vérifiables. Il importe peu que des solutions viennent de la gauche ou de la droite ; l’important, c’est qu’elles fonctionnent et donnent de bons résultats. Qu’elles soient le reflet de nos valeurs.
Parce qu’en bout de ligne, assurer la croissance de la classe moyenne est bien plus qu’un impératif économique.
L’unité de notre pays repose en grande partie par les ambitions que nous partageons tous ensemble. Sur cette idée que lorsque les Albertains réussissent bien, cela crée des opportunités pour les Québécois. Et que lorsque les Québécois créent et innovent, cela a des répercussions positives pour tout le pays.
Que nous nous trouvions à St-Boniface ou à St. John’s, à Mississauga ou à Surrey, nous partageons les mêmes défis et les mêmes rêves.
C’est la classe moyenne – et non la classe politique – qui unit ce pays. C’est la classe moyenne qui fait de ce pays ce qu’il est.
On sait qu’il y a des Québécois qui veulent se bâtir un pays. Un pays qui reflète nos valeurs, qui protège notre langue et notre culture, qui respecte notre identité.
Moi aussi, je veux bâtir un pays à la hauteur de mes rêves, de nos rêves.
Mais pour moi, ces rêves s’étendent de l’Atlantique au Pacifique, des Grands Lacs jusqu’au grand Nord.
Des Québécois choisissent toujours le Canada parce qu’ils se souviennent que c’est la terre de leurs aïeux.
Ce sont nos ancêtres qui ont bâti ce pays d’est en ouest. Ils ont été les premiers auteurs de cette histoire de courage, de liberté et d’espoir. Nous avons laissé nos traces partout au Canada.
La mettrons-nous maintenant de côté, cette histoire, parce qu’elle est habitée par des gens qui parlent une autre langue, ou qui viennent ici pour ajouter leurs espoirs aux nôtres?
Bien sûr que non. Notre contribution au Canada est loin d’être terminée.
Je veux que le Parti Libéral redevienne le parti qui valorise les communautés francophones à travers le pays et qui les appuie dans leur développement. Le porte-étendard du fait français en Amérique.
Et je veux que le Parti Libéral du Canada serve encore une fois de moyen par lequel les Québécois contribuent au destin du Canada.
Ma candidature a fait l’objet de bien des spéculations. Elle a suscité bien des commentaires.
J’ai dit à des amis libéraux après les dernières élections qu’un simple changement de leadership ne serait pas la réponse à tous nos maux.
Je le crois toujours.
Je suis conscient que ma candidature suscitera probablement un certain regain d’intérêt pour notre parti. Il nous appartient à tous de faire la démonstration que nous avons appris des erreurs du passé. Et que le Parti libéral est le parti de l’avenir.
Si je me lance dans cette course, j’ai parce que j’ai l’intime conviction que le pays veut – et a besoin – d’un nouveau leadership. Qu’il souhaite qu’un parti articule une vision de l’avenir qui n’est pas basée sur une politique qui carbure à la méfiance, mais qui prend source dans sa plus grande force : les Canadiens eux-mêmes.
Aux yeux de millions de Canadiens, le gouvernement fédéral a malheureusement perdu de sa pertinence. Il est devenu insensible à ce qu’ils vivent au quotidien. Ils perçoivent Ottawa comme un endroit où la petite politique et les jeux de coulisses prennent le dessus sur tout le reste. Leurs valeurs n’y sont pas reflétées.
Nous ferons mieux.
Je ne souhaite pas personnaliser les désaccords que nous avons avec nos adversaires. Je n’ai rien contre Messieurs Harper ou Mulcair. Ils ont fait le choix difficile de servir leur pays, à leur façon, et nous leur devons notre respect.
Mais je suis en profond désaccord avec la direction dans laquelle ils veulent amener le pays. Je vous demande de vous joindre à moi pour leur démontrer qu’ils ont tort, et qu’on peut faire beaucoup mieux.
D’ici avril, il y aura des hauts et des bas.
Je ne prétends pas avoir réponse à tous les problèmes et à toutes les questions.
En fait, je crois que nous en avons assez de cette façon de faire de la politique.
Mais je connais mon pays. Je sais d’où nous venons, qui nous sommes et où nous voulons aller. Et je crois pouvoir mobiliser de nouvelles forces pour faire face à nos défis.
Je pense pouvoir convaincre une nouvelle génération de Canadiens que leur pays a besoin d’eux. Que nous avons besoin de leur énergie, de leur ingéniosité et de leur vision. Que le service public est un acte et un geste honorables.
Ce soir, je prends un engagement devant vous. Si vous me faites l’honneur de m’accorder votre appui, je donnerai le meilleur de moi-même. Je travaillerai sans relâche, comme je l’ai fait ici pour les gens de Villeray, de St-Michel et de Parc Extension. Les gens ici m’ont appris qu’il n’y a pas de raccourcis faciles dans la vie. Il faut gagner et mériter la confiance des gens. Il faut y travailler à tous les jours, et sans relâche.
C’est ce qui est requis et c’est que les Canadiens méritent.
Pensez-y un moment. A quand remonte la dernière fois ou vous avez vraiment fait confiance à un dirigeant politique? Pas seulement pour gouverner, mais comme quelqu’un à qui vous pourriez demander d’aller chercher vos enfants à l’école ou garder une clé de votre maison ?
Ce type de respect et de confiance ne se bâtît pas instantanément. Il se mérite, jour après jour.
Je me considère vraiment privilégié d’avoir la relation que j’ai eu toute ma vie avec ce pays – avec ses gens, avec ses différentes régions.
De mes premiers pas comme enfant jusqu’à aujourd’hui, nous avons parcouru beaucoup de chemin ensemble.
Vous m’avez soutenu à chaque étape de ma vie. Vous m’avez inspiré. Vous m’avez appuyé dans les moments heureux et dans les moments difficiles. Et vous avez contribué énormément à faire de moi l’homme et le père que je suis devenu.
J’ai choisi de lancer ma campagne ce soir, le 2 octobre, parce que c’est l’anniversaire de mon petit frère.
Michel aurait eu 37 ans aujourd’hui. Il a périt dans une avalanche, en faisant ce qu’il aimait, dans ce pays qu’il aimait de tout son être. Chaque jour, je pense à lui, et je me souviens qu’il ne faut jamais rien prendre pour acquis. Qu’il faut vivre pleinement sa vie. Et qu’il faut toujours rester fidèle à soi-même.
Aux funérailles de Michel, mon père a lu un passage de la lettre de Saint Paul aux Corinthiens.
Paul a écrit « Quand j’étais enfant, je parlais comme un enfant, mais lorsque je suis devenu homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant. »
Le temps est venu pour une nouvelle génération de Canadiens de faire disparaître les choses enfantines.
Le temps est venu de nous unir et de nous rassembler autour de la tâche très sérieuse de bâtir un pays encore meilleur.
Pour nous-mêmes, pour tous les Canadiens, et pour nos enfants.
Nous vivons dans un pays remarquable. Nous sommes riches de notre diversité et nous vivons dans la paix. Nous sommes persévérants et généreux. Nous sommes confiants, mais nous ne prenons rien pour acquis. Nous travaillons fort pour obtenir ce que nous voulons. Nous avons des ressources qui font l’envie du monde entier.
Prenons l’engagement ce soir d’être à la hauteur de ce que nous avons en commun – et de ce que nous pouvons accomplir ensemble. Remettons-nous tous et chacun à la tâche de faire du Canada un grand pays. Engageons-nous à servir les Canadiens avec le parti qui représente tous les Canadiens : le Parti libéral du Canada.
Je me présente devant vous ce soir avec mes qualités et mes défauts, mais d’abord et avant tout avec la ferme volonté de gagner et de mériter la confiance des Canadiennes et des Canadiens. Je le fais avec d’autant plus de conviction en sachant que Sophie, Xavier, et Ella-Grace sont à mes côtés dans cette grande aventure.
Ce soir, nous vous tendons la main.
Joignez-vous à nous.